Les dix ans de l’Univers

Le 26 septembre 2006 dans Portraits

En dix ans, la librairie-galerie l’Univers a créé un carrefour des arts au cœur de Lausanne. Marc Agron Ukaj et Michèle Grossenbacher se sont installés en 1996 à la rue Centrale. Dans leur établissement se rencontrent les meilleures sensibilités. Actuellement, ils y exposent et vendent des photographies du célèbre Jan Saudeck (image).

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Ils devaient être très différents, mais ils ont fini par se ressembler: mêmes mouvements de sourcils vers l’accent aigu, même gestuelle des mains, et une façon mimétique de raconter leurs histoires respectives qui se sont très bellement conjuguées depuis qu’ils se sont rencontrés à Neuchâtel. Lui, Marc Agron Ukaj, 42 ans cette année, y était étudiant en lettres, elle, Michelle Grossenbacher, libraire chez Reymond. D’origine croate, il avait débarqué en Suisse et souhaitait élargir sa connaissance des lettres slaves à la littérature française. Celle qui devait devenir son épouse, la mère de ses enfants Marina et Timothée et son associée s’y employa avec méthode.
L’élève fervent n’a pas dépassé le maître mais dans la librairie-galerie de l’Univers, qu’ils ont ouverte en septembre 1996, la clientèle croit souvent que le patron, c’est lui, Marc. Ils en rient de bon cœur avec une espièglerie connivente et enfantine. Comme de leurs inquiétudes aux premiers jours de l’aventure: «Pour que la librairie ne semble pas démunie, dit-il, nous en avions apporté nos propres bouquins pour garnir les rayons.Aujourd’hui, dix ans après, nous ne savons plus où placer les livres (90% sont anciens).»
Avant d’ouvrir la librairie l’Univers, à l’emplacement d’une des dernières chemiseries de Lausanne - Marc et Michèle avaient travaillé place Saint-François à la Librairie Marguerat, de 1994 jusqu’à la fermeture de celle-ci en 1996. Là, le regretté Jean-James Vibert, le prince des bouquinistes de Romandie, les a initiés à la recherche et au commerce du livre ancien - celui d’occasion, celui de collection. A la différence entre un vélin et un parchemin, aux mille secrets de la reliure d’art; aux beaux livres illustrés. Il continua de les cornaquer à la rue Centrale jusqu’à son décès en janvier passé. Pour le couple Ukaj, il était un vrai père.
Il a eu juste le temps d’assister à l’ouverture, en automne 2005, de la Galerie de l’Univers. Le commerce du livre ancien et du livre d’art ne pouvait que conduire Marc et Michèle à celui de tableaux de maîtres (cotés ou non) et de gravures. «Les deux métiers sont très liés, dit-il. Nous avons toujours été sensibles aux beaux-arts, ne serait-ce que pour les illustrations qui accompagnent les ouvrages de bibliophilie.» Dans un espace magnifiquement éclairé de 70 m2 qui se situe à l’étage de la librairie sont désormais exposées des œuvres destinées à la vente, pour le compte des Ukaj ou pour celui d’un client. Parmi elles quelques pièces de haute valeur: des Tal Coat, des Jean Lecoultre, un Louis Soutter bouleversant. Actuellement des photographies de Jan Saudeck. C’est là que régulièrement se retrouvent quelques grands collectionneurs avisés de la place, pour lesquels Marc et Michèle effectuent parfois des recherches de longue haleine.
«Mais je me fais un honneur, dit-il, de servir le même respect les chalands qui s’en repartent avec un livre de poche à trois francs ».
Librairie-Galerie L’Univers, rue Centrale 5, Lausanne.

5 commentaires à “Les dix ans de l’Univers”

  1. Rabbit:

    Ils ont l’édition de 1849 de l’Histoire du Canton de Vaud, en 4 volumes, d’Auguste Verdeil. Une autre version en 3 volumes, moins coûteuse, se trouve chez M. Paratte à Chernex. C’est un ouvrage inégalable que je compte m’offrir quand ma crousille aura pris du poids.

  2. Lapin:

    Que veut dire moins coûteuse ?
    car je possège les 4 volumes de l’édition de 1854

  3. Konijn:

    La version en 4 volumes proposée à l’Univers est à 400 Fr. environ. Celle en 3 volumes de M. Paratte est à 250 Fr. Pour les modernes, on peut télécharger gratuitement le texte intégral depuis un site américain.

    J’échange volontiers celle que vous possédez contre un Spirou de 1960.

  4. Landgraf François:

    Cher Monsieur,

    Je découvre avec émerveillement deux textes de vous. Le second me touche tout particulièrement parce que j’ai acheté hier mercredi 16 mai un magnifique Lecoultre à la la galerie de l’Univers où je me rends régulièrement.Ce tableau m’a fasciné et réchauffé parce que la date du 16 mai est pour moi un triste anniversaire: il y a quatre ans, j’ai retrouvé, une heure, après l’avoir quittée, Josette, mon épouse, foudroyée par une crise cardiaque à lâge de 61 ans. L’huile de Lecoultre,une femme illuminée, c’est Josette qui savait aimer la vie et irradiait de sa beauté intérieure.J’ai rencontré deux fois Jean Lecoultre chez mon ami Jacques Trevaud, lequel a parrainné mon entréeà belles-lettres il y a exactement 50 ans.Je lis vos chroniques dans “24Heures” avec passion, non pas seulement parce que vous m’avez fait l’honneur* l’an dernier de me citer dans un papier consacré à l’ouvrage collectif sur 200 ans de Belles-lettres Lausanne mais parce que vous écrivez bien et vous me réchauffez par votre prose.

    Cordialement

    *Journaliste de 1959 à 1974 à “La Gazette”, je garde au fond de moi une petite fierté d’auteur. Je l’ai conservée lorsque j’écrivais des documents de décisions pour le Conseil fédéral signés par mes trois chefs successifs, Chevallaz,Ritschard et Stich
    , Un jour j’avais écrit une phrase commençant par:
    “Il serait opportun…”. Stich m’avait fait venir dans son bureau avant de signer le document pour me dire:”Veuillez modifier cette phrase,je ne suis pas un opportuniste”. Je lui avais alors donné un petit cours de français…

    Landgraf

  5. Gilbert Salem:

    Bienvenue sur ce blog,
    François Landgraf,
    estimé confrère,
    et cher frère Bellettrien!

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