Tintin chez les paysans

Le 19 avril 2007 dans Tintin

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Dans l’Oreille cassée, Tintin en perdant son parachute s’écrase dans un char à foin de la campagne syldave. A la fin du Trésor de Rackham le Rouge, les Dupondt se retrouvent chez un cousin agriculteur qui les astreint à des tâches harassantes: concasser l’avoine, suer au hache-paille. Dans Tintin du Tibet (image), Haddock enfourche bien malgré lui une vache sacrée…

L’hebdomadaire romand terre et nature, dans son édition d’aujourd’hui, a prélevé quelques-unes de ces cases où les aventures du grand reporter le font traverser un contexte rural.
A partir d’elles, un quiz hergéien a été soumis à quatre personnalités concernées par la vie paysanne: les conseillers nationaux Guy Parmelin (VD), John Dupraz (GE), Pascal Corminbœuf (FR) et Jacques Bourgeois, le directeur de l’USP. Si seul ce dernier s’est souvenu que le prénom du capitaine était Archibald, ils se reconnaissent tous les quatre comme des tintinophiles enthousiastes, depuis leur enfance.

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Mon ami, le photographe lausannois Philippe Pache, m’envoie régulièrement des anecdotes, historiettes qu’il a inventées ou glanées en furetant dans les réseaux de l’hypertoile. J’aime particulièrement celle-ci, parce qu’elle me rappelle à rebours la fable du Jardinier et son Seigneur de La Fontaine:

« Un vieil Arabe vit depuis plus de 40 ans à Chicago. Il aimerait bien planter des pommes de terre dans son jardin, mais la terre est gelée et il est tout seul, vieux et faible.

Il envoie alors un email à son fils qui étudie à Paris pour lui faire part de son problème:

”Cher Fiston,

Je suis très triste car je ne peux pas planter des pommes de terre dans mon jardin. Je suis sûr que si tu étais ici avec moi, tu aurais pu m’
aider à retourner la terre.
Ton père qui t’aime.
Jamil.”

Le lendemain, le vieil homme reçoit ce courriel :

”Cher Père,

S’ il te plaît, ne touche surtout pas au jardin! J’ y ai caché ce que tu sais. Moi aussi je t’aime.
Ton fils.
Ahmed.”

À 4 heures du matin arrivent chez le vieillard la police de l’
Illinois, US Army, les Marines, CIA, NSA, SSFI, GEPB, FBI, NPP, ISP, AMP, GMT, CESB, FTC, BCCF… et même une unité d’ élite des Rangers.
Ils fouillent tout le jardin, millimètre par millimètre, et repartent bredouilles.

Quelques heures plus tard, le vieil homme reçoit un nouveau courriel de son fils :

”Cher Père,
Je suis certain que la terre de tout le jardin est désormais parfaitement retournée et que tu peux planter tes délicieuses pommes de terre. Je ne pouvais pas faire mieux.
Ton fils qui t’aime,
Ahmed.”

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Se faire pigeonner, se faire duper. Ces deux expressions synonymes tirent leur origine d’une même opération de déplumage d’oiseau.

La plus ancienne (XVIe siècle) est la seconde : duper est une contraction de dé-hupper. La huppe étant un volatile caractérisé par une crête de plume fournie, très convoitée alors des princes et des personnes fortunées. En arrachant l’aigrette à la coiffe de gens «huppés», on les privait de leur prestige, on les ridiculisait.

Moins rare, moins gracieux et stylé que la huppe, le pigeon était un animal qui convenait mieux pour désigner les «gens du vulgaire».” C’est sans doute pour cela qu’il désigna très vite un sot, un imbécile facile à escroquer comme le définit le Dictionnaire du Bas Langage de V. d’Hautel :

”Pigeon”: Un niais, un sot, un homme simple et crédule que les fripons attirent dans un piège pour le duper; l’escroquer.

Notre image présente un spécimen d’oiseau hybride, mi-aristo mi-peuple : la colombe lophote, appelée aussi « Pigeon huppé»…

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Biscuit lunaire

En ce lundi 16 avril, on attendra le début du crépuscule pour se rendre compte que la Lune est capable de s’amincir au point de devenir friable comme un bricelet vaudois. A croquer très délicatement en commençant par la corne inférieure. Eviter que le biscuit ne s’émiette en poudre d’or dans nos jardins: en cette période de floraison, tout y est si précaire! Entre les pierres du muret poussent les premières fougères, les orpins, les joubarbes et la chélidoine jaune. Cette flore attirera passereaux et papillons, lézards, orvets.
Pour éviter que votre chat n’y vienne semer du petchi, mettez-lui une clochette au cou.

Naissance de Rome

Parmi les plantes sauvages qui fleurissent entre les lichens des murailles, on mentionne aussi la ruine-de-rome, ou cymbalaire, aux petites feuilles arrondies. Elle naît à point, car samedi prochain la Ville éternelle aura exactement 1354 ans. C’est en effet le 21 avril 753 que le jeune brigand Romulus, frère de Remus, tous deux enfants de la vestale Rhea Silvia et descendants du dieu Mars, fonda une cité sur le mont Palatin en traçant un sillon qui en marquait la frontière. Après quoi, il trucida son jumeau, se proclama premier roi de Rome, commandita l’enlèvement des Sabines et se volatilisa lors d’un orage.
Voici grossièrement résumée la naissance de ce qui allait devenir la capitale du catholicisme, et bien d’autres choses. (Faute de place, j’ai sauté par-dessus un épisode truculent de louve laitière, toutes mes excuses.)

La vaudoiserie patoisante de la semaine

N’avâi pas mé de pouâire de Diû qu’on tsat crèvâ:
«Il n’avait pas plus peur de Dieu qu’un chat crevé».

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Le spectacle de la semaine

C’est Ariane à Naxos, l’opéra très chatoyant de Richard Strauss sur un livret aux tirades subtiles de Hugo de Hofmannsthal.
Il sera encore joué au Grand Théâtre de Genève, sous la direction de Jeffrey Tate, les 17, 19, 24 et 26 avril.
La genèse de cette œuvre est assez extraordinaire: le compositeur et le poète voulaient d’abord recréer sur la scène lyrique Le Bourgeois gentilhomme, en resserrant un peu la comédie de Molière, et en remplaçant la «turquerie» finale de Lully par un opéra inspiré du thème mythologique d’Ariane abandonnée par Thésée (image).
Finalement, ce fut la seconde partie qui fut privilégiée et développée, la première se réduisant à un prologue explicatif, se déroulant dans un palais viennois du XVIIIe siècle, et cousu de dialogues passionnants sur le système social de l’époque, sur les enjeux de la dramaturgie, l’idéal et le pragmatisme, etc.
Pétillant pour les neurones, envoûtant pour les oreilles.

L’ambition politique selon De Gaulle

«Les hommes, si lassants à voir dans les manœuvres de l’ambition, combien sont-ils attrayants dans l’action pour une grande cause!»
(Mémoires de guerre)
«L’ambition individuelle est une passion enfantine.»
(cité par Malraux dans Les Chênes qu’on abat)

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Avec la libération des premiers pollens, on salue la réapparition du xylocope, ou abeille charpentière. C’est le plus massif de nos hyménoptères : un vol lourd et majestueux, un peu zigzagant - comme s’il était ivre de sa propre lourdeur.

Un velours noir, presque violacé, qu’on aurait envie de caresser du doigt pendant qu’il butine le jasmin d’hiver, l’aconit – en attendant la floraison des glycines, sa fleur préférée.

Malgré son allure très impressionnante, le xylocope est rarement agressif, et ne pique pas. Mais comme il n’est pas très agréable de se faire peloter durant un repas, il vous repoussera poliment avec ses pattes.

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Tout comme les services d’accueil de l’Hôtel Cornavin, à Genève, l’Office du tourisme de Nyon dispose depuis longtemps d’un album de L’Affaire Tournesol à l’intention des visiteurs qui s’informent sur le passage circonstancié de Tintin, Milou et Haddock dans la région.

C’est en effet dans cette agglomération que nos trois héros, partis à la recherche de Tournesol, rencontrent le professeur Topolino dans une maison qui existe toujours (voir l’image).

Pour marquer le 100ème anniversaire d’Hergé, le 22 mai, la commune publiera un prospectus indiquant tous les lieux nyonnais qui apparaissent dans L’Affaire Tournesol.

Nyon à l’image de Saint-Nazaire en France a le privilège de faire partie des villes non fictives visitées par Tintin. Avec l’autorisation des Studios Hergé, 5 vignettes de l’album sont publiées dans le prospectus.
On y reconnaît plusieurs quartiers qui n’ont pas changé depuis le passage du célèbre reporter en 1954: les quais, la fontaine de Maître Jacques, la villa du Professeur Topolino qui se trouve à la rue de Saint-Cergue.

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En évoquant tout récemment sur ce blog l’usage du passé simple, du subjonctif, et des particularités obsolètes de notre belle langue maternelle, nous avons suscité chez nos lecteurs des commentaires qui surtout regrettaient leur disparition.

Aux nouvelles générations d’élèves et d’enseignants qui se plaignaient, déjà dans les années soixante, des difficultés de la langue française, qu’ils jugeaient anachroniques, qu’il fallait à tout prix réformer, Alexandre Vialatte répondit un jour qu’il fallait aimer la grammaire comme sa grand-mère. «Avec toutes ses rides et ses verrues.»

Notre chroniqueur auvergnat abordait un vieux brandon de discorde, déjà traité par de plus illustres devanciers:

”La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes”. Montaigne (Essais, II, 12, voir l’image)

”Je regarde la grammaire comme la première partie de l’art de penser.” Condillac (Cours d’étude pour l’instruction du prince de Parme)

”La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois.” Molière (Les Femmes savantes, II, 6, Philaminte)

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Si la saison des asperges cultivées sous abri – je parle de celles du pays – a débuté en mars, celle de pleine terre commence généralement à la mi-avril, donc maintenant. Elle devrait durer jusqu’au 24 juin, jour de la Saint-Jean.

Mais il est vrai qu’on en importe désormais de France et d’Espagne, d’Afrique, du Chili et d’Israël, si bien que les commerçants en vendent par toute saison, comme si le prince de nos potagers était devenu une denrée commune.

On ne saurait assez vous recommander de ne manger les asperges que durant la période que la Nature leur a destinée. Et d’accorder une préférence à celles qui poussent dans votre pays: dans la région d’Echallens, dans la campagne genevoise, en Valais. (Les agriculteurs suisses leur consacrent quelque 80 000 heures de travail par an). Quant à celles de Cavaillon, c’est sous le ciel vauclusien qu’elles offrent le meilleur de leur saveur…

Je vous rappelle enfin que c’est grâce à Marcel Proust que l’Asparagus officinalis a fait son entrée dans la grande littérature. Il le savourait sous un ciel francilien, à Combray:

”[…] mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outremer et de rose et dont l’épi, finement pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied ,-encore souillé pourtant du sol de leur plant, -par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j’en avais mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum.”

(Du côté de chez Swann)

(Cet article a paru aujourd’hui en dernière page de 24 Heures)

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Toilette élégante, la septantaine allègre, elle soigne sa blondeur céréalière sans chercher à faire un sort à ses rides, qui sur son beau visage anguleux dessinent une histoire en miroir. Celle d’une femme qui se voue à l’histoire des autres, de son pays, de ses habitants, de ses institutions – dont l’armée! Jacqueline Veuve se reconnaît comme «un petit rouage de la mémoire de la Suisse». Lire la suite »

Stanislas le Dépecé

Dans le sillage de la Semaine sainte qui vient de s’achever, le calendrier de la mi-avril ne s’enlumine pas de saints très connus: pour aujourd’hui, lundi 9, le Messager Boiteux de Vevey mentionne un saint Procore, et les almanachs bretons un certain Merzherian.
Mercredi, les Polonais fêteront leurs innombrables Stanislas, du nom d’un évêque de Cracovie qui fut assassiné, en pleine célébration eucharistique, sur l’ordre du roi Boleslal le Cruel, en 1079.
L’iconographie traditionnelle représente le prélat en habit de cérémonie, dépecé au pied de l’autel.

L’étrange ami de Nadar

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Mais puisque les Procore et les Merzherian ne vous inspirent pas, je vous convie à célébrer un très grand saint qui n’avait rien d’un saint homme: Charles Baudelaire, qui naquit à Paris le 9 avril 1821, était un alcoolique, un syphilitique et un opiomane!
Un «bilisio-nerveux» qui eut souvent maille à partir avec la justice: non seulement pour l’«immoralité» des Fleurs du Mal, qui reste un des recueils de poésies les plus lus au monde. Mais pour ses déboires familiaux. Eut-il seulement des amitiés? Même celle qui le liait à Nadar, qui le photographia en 1855 (voir l’image), était sujette à caution: Baudelaire avait la photographie en horreur…

Dans ses mémoires posthumes, le fameux portraitiste narre un épisode méconnu de la vie du poète, au quotidien:

«On est à table, au dessert. L’enfant guigne le compotier aux gâteaux, tend sa petite main. Baudelaire a pris un gâteau qu’il présente, à distance:

- Oui, mais tu vas dire: je suis un gourmand!
- Je suis un gourmand – et le petit bras s’allonge.
- Pas encore! Dis: je suis un misérable gourmand!

»Ce mauvais jeu ne me va pas du tout: et le regard de la mère, donc! Enervé, j’ai saisi et donné au petit le gâteau, avant que Baudelaire ait arrêté mon bras, me disant très gravement, en reproche:

- Mais nous pouvions en obtenir davantage…»

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Conférence des oiseaux

A partir du 16 avril le poète mystique persan Farid-eddin Attar (1119-1220), sera à l’honneur à Carouge: la bibliothèque municipale de la cité sarde expose des documents divers, et des adaptations de son texte initiatique majeur La Conférence des Oiseaux. Au théâtre proche sera présentée, du 26 au 28 avril, une dramaturgie de Jean-Claude Carrière inspirée de cette même œuvre, et jouée par la Compagnie Lamoureux.
Puisqu’il est question du langage des oiseaux, et que la douceur saisonnière actuelle les convie à nouveau à «chanter, crier, appeler» (ce sont les trois modes d’expression que leur accorde le dictionnaire), je vous rappelle que l’alouette grisolle, tirelire ou turlutte, que le merle siffle ou flûte; alors que le geai cacarde, cajole, frigulote (il lui arrive de miauler comme un matou en rut).
Le ramier et la colombe roucoulent. La pie jacasse. La grue trompette.

L’expression en patois (vaudois) de la semaine
Dâo fremâdzo dâo quemeint dâi get de bounamïa, salâ quemeint’nna nota f’apotiquiéro, tot djusto vîlyo que meint on bon modzon:
«Du fromage doux comme des yeux de bonne amie, salé comme une note de pharmacien, tout juste vieux comme un bon veau.»

Un passage de Baudelaire
«Je suis la plaie et le couteau!
Je suis le soufflet et la joue!
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau!»

(L’Héautontimorouménos)